Inès avait cru qu’elle parlait simplement de gratitude.
Elle comprenait maintenant.
Une semaine après l’accident, le notaire convoqua la famille.
Dans la petite étude du centre-ville, il posa devant eux une enveloppe scellée.
— Ce document a été confié à mon étude par Madeleine six mois avant son décès.
Madame Delorme pâlit.
Le notaire poursuivit :
— Elle avait demandé qu’il ne soit ouvert qu’après confirmation de l’existence d’une fraude concernant son patrimoine.
Il sortit plusieurs relevés.
Les montants étaient importants.
Très importants.
Mais ce n’était pas l’argent qui fit perdre son calme à Madame Delorme.
C’était la dernière page.
Madeleine avait écrit de sa propre main :
« Si quelqu’un tente de faire porter à Inès la responsabilité de ma disparition de documents, c’est probablement parce qu’il cherche à récupérer ce que j’ai volontairement protégé. »
Inès sentit les larmes lui monter aux yeux.
— Pourquoi moi ?
Le notaire la regarda avec douceur.
— Parce que Madeleine vous avait désignée comme bénéficiaire d’une partie de ses biens.
Un silence immense envahit la pièce.
Apolline se leva brusquement.
— Quoi ?
— Pas de la totalité, précisa le notaire. Madeleine vous a laissé sa maison, son atelier d’herboristerie et une somme destinée à financer votre formation.
Inès resta bouche bée.
Elle n’avait jamais demandé quoi que ce soit.
Elle n’avait même jamais imaginé que Madeleine possédait encore autant.
Mais le notaire n’avait pas terminé.
— Et il existe une seconde disposition.
Il posa un autre document.
— Madeleine a créé une petite fondation au nom de sa mère. Les bénéfices serviront à financer des soins et des formations pour les personnes qui, comme Inès, ont grandi sans véritable soutien familial.
Madame Delorme se leva.
— C’est impossible.
Henri, assis près de la fenêtre, répondit calmement :
— Non. Ce qui est impossible, c’est que tu aies cru pouvoir lui prendre jusqu’à son nom.
Madame Delorme ne répondit rien.
Pendant les semaines suivantes, l’enquête révéla que plusieurs documents successoraux avaient effectivement été falsifiés ou utilisés de manière irrégulière.
L’argent ne revint pas immédiatement.
La vérité, elle, commença à revenir morceau par morceau.
Et Lucas continua de parler à sa manière.
Un soir, Inès le retrouva devant l’ancienne maison de Madeleine.
Il tenait son carnet.
Il dessina une femme âgée avec une grande cape.
Puis une jeune fille à côté d’elle.
Puis un petit garçon.
Enfin, il ajouta trois mots :
« Elle savait. »
Inès sourit à travers ses larmes.
— Oui, Lucas.
Elle s’accroupit près de lui.
— Elle savait.
Le garçon hésita.
Puis il écrivit :