Elle retirait les branches mortes.

Nettoyait les pierres.

Repérait les anciens canaux.

Elle ne faisait rien de dangereux et s’arrêtait dès que la fatigue devenait trop forte.

Mais elle revenait chaque matin.

La pluie arriva trois jours plus tard.

Une pluie fine, persistante.

Les habitants du village la regardaient depuis leurs voitures.

Certains souriaient.

D’autres secouaient la tête.

— Elle ne tiendra pas un mois.

— Elle va vendre avant l’hiver.

— Elle ne sait même pas ce qu’elle fait.

Camille entendait.

Elle continuait.

Parce qu’elle avait appris quelque chose dans l’appartement de Montreuil.

Quand les autres vous regardent comme si vous étiez déjà vaincu, il est parfois plus simple de travailler sans leur expliquer que vous êtes encore debout.

Un matin, alors qu’elle dégageait une vieille rigole en pierre, sa pelle heurta quelque chose.

Clac.

Camille s’arrêta.

Elle gratta avec ses doigts.

Un petit morceau de tuyau apparut.

Puis un deuxième.

Puis un réseau entier de conduits recouverts de terre.

Marcel s’approcha.

— Nom de Dieu…

— Quoi ?

Il s’accroupit.

— C’est l’ancien système d’irrigation.

— Il fonctionne ?

Marcel secoua la tête.

— Il devrait.

Ils suivirent le conduit jusqu’au puits.

À l’intérieur, l’eau était là.

Pas beaucoup.

Mais suffisamment pour alimenter les premières rigoles.

Camille sentit son cœur accélérer.

Le verger n’était pas mort.

Il avait été privé d’eau.

La nouvelle se répandit rapidement.

Et c’est à ce moment-là qu’un homme arriva au portail.

Élégant.

Manteau beige.

Chaussures impeccables.

Il descendit d’une voiture noire et regarda Camille comme s’il la connaissait déjà.

— Vous êtes Camille Morel ?

— Oui.

— Je m’appelle Julien Ravanel.

Elle fronça les sourcils.

— Ravanel ?

— La famille qui possédait ce terrain.

Il sortit un dossier.

— Je suis venu vous proposer quelque chose.

Camille essuya ses mains sur son pantalon.

— Quoi ?

— Racheter le verger.

Elle eut un petit sourire.

— Vous l’avez vendu il y a trois semaines.

— Oui.

— Alors pourquoi voulez-vous le récupérer ?

Julien resta silencieux.

— Parce que nous avons appris que le terrain avait peut-être encore de la valeur.

Camille regarda le dossier.

— Peut-être ?

— Les anciennes cartes cadastrales ont été réévaluées.

— Je vois.

Elle lui rendit les papiers.

— Je ne vends pas.

Julien regarda son ventre.

— Vous ne savez pas ce que vous avez acheté.

Cette phrase irrita Camille.

— Justement. Je suis en train de l’apprendre.

Il repartit.

Mais deux jours plus tard, trois hommes vinrent mesurer la propriété.

Camille les trouva près du puits.

— Vous faites quoi ?

— Une vérification technique.