Le maire sourit à son tour.
L’enquête commença discrètement.
Et pendant ce temps, Camille continua de travailler.
La pluie revint.
Puis le froid.
Son ventre était devenu lourd.
Les habitants du village avaient cessé de rire.
Ils venaient parfois l’aider.
Marcel réparait les petites vannes.
Une boulangère apportait du café.
Deux agriculteurs nettoyaient les anciennes rigoles.
Même ceux qui avaient dit qu’elle abandonnerait commencèrent à changer d’avis.
Puis, un matin de novembre, la première eau traversa le canal principal.
Elle coula lentement.
Puis plus vite.
Les terres voisines reçurent de nouveau de l’eau.
Les anciens orangers, eux, ne donnèrent pas immédiatement de fruits.
Mais quelques semaines plus tard, de petites fleurs blanches apparurent.
Camille resta devant le premier arbre en silence.
Marcel arriva derrière elle.
— Vous voyez ?
Elle posa une main sur son ventre.
— Oui.
— Quoi ?
— Il n’était pas mort.
Elle sourit.
— Il attendait.
Quelques mois plus tard, Camille accoucha d’une petite fille.
Elle l’appela Élise.
En hommage à la femme qui avait refusé de laisser disparaître le verger.
Pendant ce temps, l’enquête avait révélé plusieurs irrégularités dans les anciennes opérations foncières.
Julien Ravanel n’avait pas été directement accusé de tout ce qui avait été fait avant lui, mais certains membres de sa famille avaient bien participé à des montages destinés à faire baisser artificiellement la valeur des terres.
Le projet immobilier fut suspendu.
Plusieurs ventes furent réexaminées.
Et le vieux système d’irrigation fut officiellement reconnu comme infrastructure agricole d’intérêt local.
Camille aurait pu vendre.
Elle aurait pu partir avec l’argent.
Mais elle choisit autre chose.
Elle créa une petite coopérative avec les agriculteurs du village.
Le verger devint son cœur.
Pas un empire.
Pas une fortune.
Un endroit où chacun pouvait travailler et gagner dignement sa vie.
Deux ans passèrent.
Un après-midi d’été, alors que Camille attachait les branches d’un jeune oranger, elle entendit une voiture s’arrêter devant le portail.
Elle se retourna.
Hugo descendit.
Il avait vieilli.
Ou peut-être que Camille le voyait simplement différemment.
Il s’avança lentement.
— Camille.
Elle ne répondit pas.
Il regarda autour de lui.
Les arbres.
Les paniers d’oranges.
Les maisons du village qui avaient retrouvé leurs petits jardins.
Puis son regard tomba sur une petite fille qui courait entre les rangées.
— C’est…
— Élise.
Hugo baissa les yeux.
— Elle a quel âge ?
— Deux ans.
Il resta silencieux.
— Je suis son père.
Camille le regarda calmement.
— Tu es parti avant sa naissance.
— J’ai fait une erreur.