— Vous avez mon autorisation ?
Ils échangèrent un regard.
— Monsieur Ravanel nous a demandé de passer.
Camille prit immédiatement son téléphone.
— Partez.
Ils partirent.
Le soir même, elle retourna à la boîte de métal.
La lettre d’Élise lui revenait sans cesse en tête.
Ils reviendront.
Elle examina les trois clés.
La première ouvrait le cabanon.
La deuxième ne correspondait à aucune serrure qu’elle connaissait.
La troisième ouvrait une petite porte en pierre dissimulée derrière des ronces.
Camille resta immobile.
Puis elle entra.
Derrière la porte se trouvait une pièce minuscule.
Une ancienne réserve.
Sur une étagère, des carnets.
Des factures.
Des plans.
Et un vieux registre agricole.
Camille l’ouvrit.
Les premières pages parlaient de récoltes.
Puis les dernières années devenaient étranges.
Certaines parcelles avaient été déclarées improductives.
Des demandes de subvention apparaissaient.
Puis des remboursements.
Puis des ventes.
Camille fronça les sourcils.
Elle n’était pas spécialiste.
Mais elle savait lire des chiffres.
Et quelque chose ne correspondait pas.
Le verger avait été officiellement déclaré abandonné.
Pourtant, des dépenses d’entretien avaient continué à être remboursées pendant plusieurs années.
Elle trouva également une série de plans.
Une ancienne canalisation traversait la propriété.
Et cette canalisation alimentait plusieurs petites exploitations du village.
Camille comprit.
Le verger n’était pas seulement un terrain agricole.
Il faisait partie d’un ancien système d’eau.
Si elle remettait le système en service, plusieurs terres autour pourraient redevenir cultivables.
Mais pourquoi quelqu’un aurait-il voulu l’empêcher ?
Elle trouva la réponse dans le dernier carnet.
Élise avait écrit :
« Julien veut vendre.
Son père veut construire.
Ils disent que le verger ne vaut rien.
Mais s’ils obtiennent les autorisations, ils pourront acheter les terres voisines à bas prix.
Le jour où l’eau disparaîtra, les petits propriétaires partiront.
Alors ils rachèteront tout.
Je refuse.
Même si je dois être seule. »
Camille resta assise dans la poussière.
Ce n’était pas un verger qu’on avait abandonné.
C’était un village entier qu’on avait lentement poussé à abandonner ses terres.
Le lendemain, Camille alla voir le maire.
Elle apporta les documents.
Il resta longtemps silencieux.
— Vous savez ce que cela signifie ?
— Non.
— Si ces documents sont authentiques, certaines opérations foncières des dernières années pourraient être réexaminées.
Camille avala difficilement.
— Je ne veux pas d’ennuis.
— Alors vous êtes probablement la mauvaise personne pour cette histoire.
Elle sourit.
— Je crois que j’ai commencé à avoir des ennuis le jour où mon mari est parti avec mon loyer.