— Oui.
— Je voudrais réparer.
Camille posa son sécateur.
— Réparer quoi ?
Hugo ne répondit pas.
Il regarda les arbres.
— J’ai entendu parler du verger. On m’a dit qu’il valait maintenant beaucoup plus.
Camille comprit.
Il n’était pas venu seulement pour sa fille.
Elle inspira lentement.
— Tu as besoin d’argent ?
— Non.
Il hésita.
— Enfin… pas seulement.
Camille secoua la tête.
— Hugo, quand tu es parti, tu n’as pas seulement pris huit cent vingt euros.
Il la regarda.
— Tu as pris la seule chose dont j’avais besoin à ce moment-là : la certitude que quelqu’un resterait.
Il baissa la tête.
— Je regrette.
— Je te crois.
Il releva les yeux, surpris.
— Mais regretter ne donne pas automatiquement le droit de revenir.
Le silence s’installa entre eux.
Au loin, Élise riait.
Hugo regarda sa fille.
— Est-ce que je peux au moins apprendre à la connaître ?
Camille resta silencieuse quelques secondes.
Puis elle répondit :
— Tu peux demander.
— Et tu décideras ?
— Oui.
Hugo acquiesça.
Pour la première fois depuis longtemps, il ne discuta pas.
Il ne réclama rien.
Il ne parla pas de propriété.
Il ne parla pas d’argent.
Il demanda simplement :
— Quand est-ce que je peux revenir ?
Camille regarda sa fille.
Puis le verger.
Puis les rangées d’orangers qui avaient autrefois été déclarées mortes.
— Dimanche matin.
Hugo sourit légèrement.
— D’accord.
Il repartit sans tenter de franchir le portail.
Camille resta seule.
Marcel s’approcha.
— Vous allez vraiment lui laisser une chance ?
Elle regarda la route.
— Une chance, oui.
Puis elle regarda Élise.
— Mais pas une place qu’il n’a pas encore méritée.
Le soir, Camille retourna devant le vieil oranger où elle avait trouvé la boîte.
Elle sortit la lettre d’Élise Ravanel.
Elle la relut une dernière fois.
La terre reconnaît les pas.
Elle comprit enfin ce que ces mots signifiaient.
La terre ne reconnaissait pas les propriétaires.
Elle reconnaissait ceux qui revenaient chaque matin.
Ceux qui plantaient quand personne ne croyait à la récolte.
Ceux qui restaient sous la pluie quand tout le monde avait déjà décidé que c’était fini.
Camille replia soigneusement la lettre.
Puis elle regarda sa fille courir entre les arbres.
Elle n’avait pas sauvé un verger mort.
Elle avait simplement découvert qu’il n’était jamais mort.
Et peut-être qu’elle non plus.