Il interdit qu’on parle des employés comme s’ils étaient invisibles.

Et surtout, il cessa de croire que l’argent pouvait réparer l’absence.

Quelques mois plus tard, un dimanche matin, Mathieu entra dans la cuisine.

Il trouva Jules et Noé assis à table.

Inès préparait des crêpes.

— Papa ! cria Noé. Regarde !

Il tenait une crêpe parfaitement ronde.

— Celle-là ressemble enfin à quelque chose.

— Pas du tout, répondit Jules. Elle ressemble à une voiture.

Mathieu éclata de rire.

Inès posa une assiette devant lui.

— Café ?

Il hocha la tête.

— Oui.

Il regarda ses deux fils.

Puis Inès.

Et il comprit enfin que la maison n’avait jamais eu besoin de plus de luxe.

Elle avait simplement eu besoin de personnes capables d’y apporter de la chaleur.

Quant à Clarisse, elle avait voulu gagner une place dans cette famille en faisant disparaître celle qu’elle jugeait trop aimée.

Elle avait oublié une chose essentielle.

On peut voler une montre.

On peut fabriquer une accusation.

On peut même tromper quelqu’un pendant quelques jours.

Mais on ne peut pas fabriquer l’amour d’un enfant.

Et ce dimanche-là, tandis que Jules et Noé riaient autour d’une assiette de crêpes, Mathieu comprit que le plus grand héritage qu’il pouvait laisser à ses fils ne serait jamais un immeuble, un compte bancaire ou une propriété à Neuilly.

Ce serait la certitude qu’ils n’auraient jamais besoin de mériter l’amour de quelqu’un pour avoir le droit d’être aimés.